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Le professeur Paul Fenton a attiré notre attention sur le fait que depuis sa profanation en tant que lieu de culte israélite en 1960, la Grande Synagogue d'Alger, inaugurée en 1850 face au marché Randon, a été convertie en mosquée et "rebaptisée"  Jâmi' Ben Fâris.

En 1962 on lui a ajouté un minaret. Malgré ce nom donné par les autorités, la population continue toujours à l'appeler Jâmi' al-yahoud, ce qui signifie littéralement la "Mosquée des Juifs" !

La place Randon se nomme désormais "place al-Mouahidine", d'après les plus grands persécuteurs des Juifs dans l'histoire de l'islam. Elle a ainsi rejoint le sort de la Grande synagogue d'0ran.

Sur cette dernière, Dalila Senhadji Khiat a écrit dans "L'année du Maghreb", éditions CNRS, 2010, le texte suivant qui vaut également pour la Synagogue d'Alger :

"La grande synagogue d’Oran a été édifiée en 1880. Elle est considérée au moment de sa construction comme le plus grand édifice religieux juif de toute l’Afrique du Nord. Construite en pierres de taille, elle est convertie en mosquée en 1972 sous le nom de mosquée Abdallah Ben Salem, du nom d’un riche juif médinois converti à l’islam.

Cette synagogue monumentale bien visible encore aujourd’hui dans l’espace urbain, constitue un lieu de mémoire rappelant le passé juif d’Oran.

Pourtant, à l’exception des fidèles, témoins du temps colonial, qui prient aujourd’hui dans cette ancienne synagogue, la majorité de la population d’Oran, notamment la jeune génération, ignore la fonction première de ce lieu de culte.

Certains jeunes, quand ils apprennent que cette mosquée est une ancienne synagogue, refusent de s’y rendre à nouveau pour y prier. En revanche, les plus âgés ne voient aucun inconvénient à la fréquenter.

Quand on les interroge, ils rappellent leur cohabitation ancienne avec les Juifs de la ville et voient, finalement, dans cette conversion de l’espace religieux, la suprématie de la religion musulmane".

Pour en savoir plus :

«Les mosquées en Algérie ou l’espace reconquis : l’exemple d'Oran" de Dalila Senhadji Khiat

http://journals.openedition.org/anneemaghreb/907