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LA PARENTHESE DU SIROCCO:  2000 ans d'histoire juive en Algérie

 

UNE AME M’A PARLE

L’autre soir, alors que j’étais dans un demi-sommeil, je me suis retrouvé face à la mer, tout près de Notre Dame d’Afrique, parmi des étoiles de David et des Bibles en pierre déposées sur des stèles endommagées, au milieu d’une colline si desséchée que les larmes ont humecté mes yeux. C’est alors qu’il m’a semblé entendre une voix douce, venue de nulle part, une voix triste :

"Je m’appelle Abraham. J’ai eu la malchance de me retrouver au mauvais endroit le mauvais jour, puisque je suis mort le 26 mars 1962, lors de la fusillade de la grande poste d’Alger.  Je fus enterré au cimetière de Saint Eugène, étant l’un des derniers juifs à reposer dans cette si belle terre d’Afrique.

Aujourd’hui je pleure parce que ma tombe vient d’être profanée. Aujourd’hui je pleure parce que mes restes ont été abandonnés aux  affres du néant, je pleure devant tant d’indifférence sur ces viols impunis, je pleure parce que vous m’avez oublié, vous, mes descendants anonymes.

Mon âme est toujours présente, elle vous demande de ne pas la délaisser et de faire entendre sa voix.

David, Joseph, Judas, Jacob, Raphael, Salomon, Mimoun, Aaron, Nessim, mes voisins d’éternité, pleurent aussi. Leurs sépultures ont été  récemment détruites et pillées."

"Qui sont-ils ?" Demandais-je.

"Ils sont ton passé et ta mémoire."

Didier NEBOT
Président d'honneur de Morial (mémoire et traditions des Juifs d’Algérie)