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par Serge Dahan, Président de l'Association Morial

Depuis plus de deux mille ans, les Juifs ont fait partie intégrante du tissu algérien.
Présents avant même les Arabes, les juifs ont contribué à la vie économique, culturelle et artisanale du Maghreb.
Les Juifs d’Algérie ont traversé les conquêtes et les empires.
Leur existence qui fut marquée par la vulnérabilité permanente et leur histoire par la soumission, l’émancipation puis l’exil, dit quelque chose de l'universel : le combat pour la dignité, la liberté et l'égalité.
Bien avant Rome et l’islam, des communautés juives vivaient déjà à Cherchell, Tlemcen ou Tipasa.

 Leur enracinement est ancien, profond, mais longtemps marqué par la fragilité.
Sous les régimes musulmans, les Juifs furent des dhimmis : ils payaient la jizya, ne pouvaient témoigner contre un musulman, ni porter certaines couleurs, ni monter à cheval, ni construire de synagogue plus haute qu’une mosquée.....
Ils subissaient des restrictions sociales et étaient victime d’une vulnérabilité persistante face aux violences populaires ou politiques.
Ce statut d’infériorité, censé garantir leur survie, imposait en réalité une vie faite d’humiliations et de dépendance.

Alors, lorsque la France proposa la citoyenneté et l’égalité en droits, les Juifs d’Algérie y virent une émancipation : l’accès à la dignité, à l’instruction, à la modernité, et à de l’État de droit.
Avec la conquête française, certains Juifs obtiennent individuellement la nationalité française.
Mais c’est le décret Crémieux, en 1870, qui bouleversa leur destin : la citoyenneté française fut accordée collectivement aux Juifs d’Algérie.
Ce fut une émancipation historique, le passage du statut de sujet à celui de citoyen.
Devenir français n’était pas un reniement de la terre natale mais le choix de la République, de l’Egalité, de la Liberté
En adoptant la langue et les valeurs de la République, les Juifs d’Algérie choisissaient la dignité et la justice comme horizon.
Pourtant, les tensions du XXᵉ siècle montrèrent la persistance des préjugés, en1934 à Constantine, des Juifs furent massacrés, parce que juifs, lors d’un pogrom perpétré par des arabes.
Cet épisode tragique rappela que l’antisémitisme du monde musulman était bien présent en Algérie.

En 1962, l’indépendance de l’Algérie marqua la fin d’une histoire bimillénaire.
Citoyens français, perçus par la population algérienne comme des traites, comme des étrangers, les Juifs furent menacés et attaqués
Trois mois apres la signature des accords d'Evian et quelques heures avant la proclamation de l'independance de l'Algerie, le 5 juillet 1962, lors de ce qui est appelé le massacre d'Oran, des centaines de français, dont des familles juives, furent assassinés, par la population algérienne, dans l’indifférence des autorités.

Quelques centaines de Juifs français décidèrent cependant de rester après 1962, convaincus que leur enracinement ancestral les protégerait.
Ils furent vite confrontés à une réalité brutale: nationalisation des biens, surveillance policière, menaces, propagande anti-israélienne qui nourrissait l'antisémitisme......
Ceux qui restèrent furent vite rattrapés par la peur et quittèrent définitivement la terre natale.

Depuis, l’Algérie a effacé cette mémoire : synagogues transformées en mosquées ou détruites, cimetières abandonnés, silence sur cette présence millenaire......
Pourtant, on ne peut comprendre l’histoire de l'Algerie sans reconnaître qu’elle fut aussi façonnée par ses enfants juifs.
Cet effacement programmé du patrimoine juif algérien est une mutilation de la mémoire collective de l'Algerie, on ne peut comprendre l’histoire de ce pays sans la transmission et la préservation d'un patrimoine construit par des siècles de coexistence entre Arabes et Juifs
Rappeler l'histoire des juifs d'Algérie, c’est refuser l’oubli et combattre falsification et mensonge.
En devenant citoyens français les Juifs d’Algérie n’ont pas cherché des privilèges, mais ont fait le choix des valeurs républicaines de Liberté, d'Egalité et de Fraternité