Imprimer
Affichages : 108

Par Serge Dahan, Président de l'Association Morial

En 1948, quelque chose bascule.

La nouvelle traverse la Méditerranée, portée par les radios, les journaux, mais surtout par les voix : un État juif vient d’être proclamé. Mais avant cette annonce, il y a eu l’attente.

Une attente tendue, suspendue au vote de l’Organisation des Nations unies en novembre 1947. Pour la première fois, une instance internationale est appelée à se prononcer sur la possibilité pour le peuple juif de retrouver sa souveraineté sur la terre d’Israël.

En Algérie comme dans de nombreuses communautés juives, ces débats sont suivis avec attention. Les informations circulent de manière fragmentaire, mais elles suffisent à nourrir une incertitude réelle : rien n’est encore acquis.

Depuis le printemps 1947, la question de la Palestine est examinée par une commission spéciale des Nations unies, l’UNSCOP. Ses travaux donnent lieu à plusieurs mois d’enquêtes, d’auditions et de négociations. À l’automne, les discussions s’intensifient à New York. Deux orientations s’opposent : celle d’un État binational et celle d’un partage du territoire en deux États.

Le 29 novembre 1947, la résolution 181 est adoptée. Elle recommande le partage de la Palestine en deux États. Ce vote confère une légitimité internationale à l’idée d’un État juif.

Dans les communautés juives, la nouvelle se diffuse rapidement. Elle suscite un soulagement et une conscience nouvelle : celle qu’une transformation historique est en cours. L’idée d’une souveraineté juive, longtemps pensée, débattue ou espérée, entre dans le champ du possible.

Cette intuition avait été formulée dès la fin du XIXe siècle par Theodor Herzl : « Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve. »

En 1948, cette perspective se concrétise. Dans la déclaration d’indépendance, David Ben-Gurion précise que l’État d’Israël « sera ouvert à l’immigration de tous les Juifs et au rassemblement des exilés ». Formulée au lendemain de la Shoah, cette déclaration répond aussi à une exigence historique : offrir un cadre politique et une protection que l’exil, la dispersion et les persécutions avaient durablement exposé à la vulnérabilité.

Elle s’inscrit dans une continuité ancienne. Le grand rabbin Isaac Herzog évoque un moment « où les promesses anciennes rencontrent enfin le cours de l’histoire », établissant un lien explicite entre l’événement politique et la tradition biblique du retour.

Le 14 mai 1948, à Tel-Aviv, David Ben-Gurion proclame l’indépendance. Cette fois, il ne s’agit plus d’une perspective, mais d’un fait.

Ce fait déclenche une joie immédiate. En Israël, dans les rues de Tel-Aviv et de Jérusalem, on se rassemble, on danse, on chante. La fête est collective, tournée vers l’avenir autant que vers l’instant présent. Elle exprime un commencement. Dans les communautés juives du monde entier, cette joie trouve un prolongement. À Paris, à Casablanca, à New York, on se réunit, on célèbre.

Cette dynamique est largement portée par la jeunesse. Des mouvements comme Hashomer Hatzair, Bnei Akiva ou les Éclaireurs israélites, à travers les chants, les danses et les récits,  donnent une forme concrète à l’événement, une expérience vécue.

En Algérie, dans les maisons, les synagogues et les cercles communautaires d’Alger, d’Oran ou de Constantine, la fête s’organise. Elle est là aussi, portée notamment par les jeunes, qui donnent à ces moments une intensité particulière.

Le lien à Israël ne commence pas en 1948. Pour les Juifs d’Algérie, il s’inscrit dans une continuité ancienne qui, au XXe siècle, trouve une expression renouvelée à travers des figures issues du judaïsme algérien. Léon Ashkenazi, dit Manitou, développe une pensée dans laquelle le retour à Israël apparaît comme une recomposition d’une identité dispersée. André Chouraqui, par son œuvre et son engagement, inscrit Israël dans une perspective à la fois culturelle, spirituelle et politique.

Ainsi, pour les Juifs d’Algérie, le sionisme s’inscrit dans une continuité historique tout en ouvrant une perspective nouvelle : celle d’un avenir pensé et construit, et non plus seulement hérité.

Aujourd’hui, l’histoire se poursuit dans un contexte marqué par l’épreuve. Depuis les attaques du 7 octobre 2023, dans un environnement régional où l’existence même de l’État d’Israël est à nouveau mise à l’épreuve, l’essentiel demeure.

La joie fondatrice reste intacte et vibrante. Elle est une force en mouvement : celle des Israéliens, soutenus par le peuple juif dans le monde entier, qui vivent, bâtissent et font avancer l’État d’Israël sur la terre du peuple juif, avec détermination.

Puisse l’État d’Israël continuer de grandir, de rayonner et de s’épanouir, porté par l’élan et la solidarité du peuple juif dans le monde entier, et ouvrir un avenir de paix, de sécurité, de joie et d’espérance pour tous.

Israël n’est pas seulement né en 1948 : il vit, il grandit, il porte l’avenir du peuple juif.