En Algérie, à cette époque, les Juifs vivaient majoritairement dans des quartiers fermés, ils étaient tolérés mais marginalisés.
Cette distance sociale et morale formait un terreau d’hostilité latent, prêt à se transformer en violence.
Sous la Régence ottomane, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, l’Algérie était gouvernée par un Dey et une caste militaire turque.
Dans ce système, malgré son statut, la communauté juive d’Alger a joué un rôle économique central.
Des familles puissantes, notamment les Bacri et les Busnach, s’étaient imposées comme banquiers et conseillers du Dey, gérant le commerce du blé, les finances publiques et les relations diplomatiques, notamment avec la France.
Leur réussite, exceptionnelle pour des dhimmis, suscita la jalousie et la haine de nombreux musulmans.
On les accusait de manipuler le Dey, de s’enrichir indûment et de trahir les intérêts de la Régence.
En 1805, le Dey Mustapha prit le pouvoir dans un contexte explosif : l’armée turque menaçait de se rebeller ; les caisses étaient vides ; la population souffrait de la misère.
En 1805 Naphtali Busnach, conseiller du Dey, a été assassiné par un janissaire
Pour justifier ce crime les janissaires accusèrent Naphtalie Busnach de corruption et de trahison.
Ce meurtre servit de détonateur et de prétexte à un déferlement de haine
La foule se jette sur le quartier juif d’Alger et pendant plusieurs jours, les maisons sont pillées, les synagogues profanées, les habitants massacrés.
Des centaines de Juifs furent tués, et les survivants contraints à fuir.
Cet épisode, presque effacé de la mémoire collective, illustre la profondeur de la haine musulmane en Algérie avant la colonisation française et la longue histoire d’un antisémitisme enraciné.
Alors que la ville sombre dans le chaos, le consul de France à Alger, M. Dubois-Thainville, prend la décision courageuse d'ouvrir les portes du consulat à tous les Juifs cherchant refuge.
Plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont ainsi trouvé refuge, protégés par le drapeau français.
Le Dey, craignant une rupture diplomatique avec Napoléon, interdit toute attaque contre la légation.
Avec cet acte de bravoure la France se forge une image flatteuse, celle d’une puissance civilisée et protectrice des minorités.
Bien sûr il se jouait aussi pour la France, une dimension économique et diplomatique : les familles Bacri et Busnach étaient créancières de la France pour d’importantes fournitures de blé aux armées napoléoniennes.
Cette dette non réglée alimenta la discorde entre Paris et Alger et conduira, en 1827, à l’affaire du “coup d’éventail”, raisons officielle à la conquête française de l'Algérie.
Le massacre d’Alger de 1805 illustre comment un antisémitisme religieux ancien pouvait se transformer en une violence populaire contre les membres de la communauté juive.
Le Juif, perçu comme inférieur, n’était toléré qu’à condition de rester soumis.
Dès qu’il sortait de ce rôle, par la richesse ou l’influence, il redevenait la cible de cette haine.
Avec la colonisation, cette logique a été bouleversée, le décret Crémieux fait, en 1870, des Juifs d’Algérie des citoyens français.
L’ancien dhimmi devient, dans l’imaginaire populaire musulman, l’allié du colonisateur.
Cette nouvelle situation a été vécue par les populations musulmanes comme une trahison, une humiliation et transforma la haine religieuse en haine politique.
Le massacre d’Alger de 1805, qui a commencé par l’assassinat de Naphtali Busnach, demeure un témoin fondamental de l’histoire judéo-musulmane d’Algérie.
Ce drame, longtemps étouffé, rappelle une vérité dérangeante : la haine des Juifs dans le monde musulman ne naît pas de la colonisation.
Elle plonge ses racines dans un système ancien de hiérarchie religieuse et sociale, bien antérieur à l’ère moderne, que l’histoire a transformé, politisé et instrumentalisé.
Cette hostilité envers les Juifs ne se réduit pas à une lecture religieuse du passé. Elle s’est nourrie d’une histoire coloniale tourmentée, puis d’idéologies venues d’Europe (nationalisme, antisionisme, complotisme) qui ont donné à cet héritage une nouvelle vigueur.
Depuis 1948, la création de l’État d’Israël, les guerres israélo-arabes et la question palestinienne ont servi de catalyseurs a l'antisémitisme. Portées par des propagandes islamiques, politiques, étatiques et médiatiques, ces narrations entretiennent le refus même de la souveraineté juive en Israël et consolident les formes contemporaines, religieuses et idéologiques, de l’antisémitisme dans le monde musulman.