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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

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Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
Guyotville - La Plage

 

Par Serge Dahan, Président de l'Association Morial

Il y a des fêtes qui s’annoncent à grand bruit. Et puis il y a la Mimouna.

Elle arrive presque en douceur. Une porte entrouverte, une table un peu plus généreuse que d’habitude, des voisins qui passent « juste cinq minutes » et qui, de proche en proche, finissent par faire le tour des maisons. Le printemps s’installe, le pain revient, et avec lui une légèreté qui n’a rien d’anodin.

La Mimouna n’est pas une fête religieuse. Elle est une coutume, un minhag, né des communautés juives d’Afrique du Nord. Une tradition sans texte fondateur, sans cadre imposé, mais qui, avec le temps, a acquis la force et l’évidence d’une véritable fête.

Elle accompagne Pessa'h, moment central du judaïsme. Pendant huit jours, Pessa'h installe un autre rythme : celui du récit, de la transmission, de la mémoire de la sortie d’Égypte. Le quotidien se transforme. Le Hametz disparaît. La maison se prépare, chaque geste prend sens.

Puis vient la fin de Pessa'h.

À la tombée de la nuit, tout revient : le levain, la farine, les douceurs. Mais ce retour n’est pas un simple relâchement. C’est un passage. On quitte un temps pour entrer dans un autre.

La table de la Mimouna en est l’image parfaite : miel, lait, farine, rien d’ostentatoire, mais tout est signifiant. Le souvenir d’une sortie d’Égypte précipitée, sans pain levé, laisse place à un temps apaisé. Le levain revient. Le temps se détend.

Car la Mimouna ne s’apprend pas dans les livres. Elle se transmet autrement : par les gestes, par l’hospitalité, par ce savoir-faire discret qui circule de génération en génération sans jamais se formaliser. C’est un judaïsme vécu, incarné, où l’on sait quoi faire sans toujours savoir l’expliquer.

Les sources écrites sont d’ailleurs tardives. Ce sont des voyageurs qui la décrivent les premiers : Charles de Foucauld évoque des maisons ouvertes après Pessa'h ; le diplomate Eugène Aubin décrit ces tables de miel et de lait. Tous perçoivent la même chose : ce n’est pas un rite figé, mais une manière de vivre ensemble.

Et pour comprendre cette manière de vivre, il faut remonter plus loin encore.

La présence juive au Maghreb s’inscrit dans le temps long : depuis l’Antiquité, renforcée après la destruction du Temple en 70, transformée après le Décret de l'Alhambra. Les Séfarades rejoignent les communautés locales, les toshavim, et de cette rencontre naît un judaïsme pluriel, enraciné, profondément méditerranéen.

C’est dans cet espace, du Maroc à la Tunisie, en passant par l’Algérie, que la Mimouna circule, s’adapte, se transforme.

En Algérie, la présence juive s’ancre dans des villes comme Constantine, Tlemcen, Oran ou Alger, au cœur des échanges méditerranéens.

Sous les pouvoirs islamiques puis ottomans, les juifs vivent sous statut de dhimmi ; mais ils circulent, commercent, traduisent, négocient. Ils savent passer d’un monde à l’autre, une compétence sociale autant qu’économique.

Le XIXe siècle introduit une rupture avec le Décret Crémieux : les juifs deviennent citoyens français. Mais les habitudes anciennes, celles du voisinage, du quotidien partagé, ne disparaissent pas pour autant.

C’est dans cet entre-deux que la Mimouna prend forme.

En Algérie, elle ne cherche pas à impressionner. Pas de faste, peu de mise en scène. Elle se glisse dans le quotidien, et c’est précisément ce qui fait sa force.

À Oran ou Alger, une fois Pessa'h terminé, les portes s’ouvrent. Les tables se remplissent. Et surtout, on circule. Pas d’invitations. Pas d’horaires. On passe.

Comme le note Benjamin Stora, entrer chez l’autre relevait d’une habitude. Ce soir-là, l’habitude s’accélère presque joyeusement : on enchaîne les maisons, on goûte un peu partout, on s’attarde peu, parce qu’il y a encore d’autres tables à découvrir. « On passait, on prenait un gâteau… et on repartait. Parfois sans même s’asseoir »

Au fond, la Mimouna ne fait rien d’extraordinaire. Elle ouvre les portes. Elle met du sucre et de la farine sur les tables, et du mouvement dans les rues. Elle fait circuler les gens, les gestes, les attentions, et c’est précisément là que réside sa force.

Après le temps de Pessa'h, quelque chose se remet doucement en mouvement, sans s’imposer, simplement en circulant ; de maison en maison, de main en main, comme ces gâteaux que l’on goûte sans toujours savoir d’où ils viennent, mais qui ont toujours le goût du lien.

C’est une fête pleine de chaleur. Une fête où l’on ne reste pas longtemps, mais où l’on passe et où ce passage suffit à créer quelque chose.

Aujourd’hui, la Mimouna a changé de décor. Mais au fond, elle n’a jamais été une question de lieu. Elle est une manière d’être : faire plaisir, ouvrir sa porte, partager sans formalité. Une forme simple de solidarité, une harmonie discrète, un regard heureux et profondément confiant.

Héritée de la tradition séfarade, la Mimouna accompagne la fin de Pessa'h et en révèle le plus précieux : la liberté ; une liberté qui se partage, comme au printemps, quand la terre se fait généreuse et que la vie rayonne à nouveau.

 

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