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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

 e-mail : morechet@morial.fr -  lescollecteursdememoire@morial.fr

L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
Guyotville - La Plage

                                                                          

                                                                                                         

FOND OSE.CDJC

MORIAL organise le jeudi 28 mai 2015, à 19 heures à la mairie du 16e arrondissement de Paris, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et la mairie du 16ème arrondissement de Paris, sur le thème :

 

                    "Et les enfants furent sauvés".

 

 

 

Extraits de la conférence, à partir du livre de Didier Nebot : "Et les enfants furent sauvés..."


A la Sainte Baume

En 1943 l’OSE (l’Oeuvre de Secours aux Enfants) confie une vingtaine de jeunes filles juives, âgées de 14 à 16 ans, la plupart d’origine allemande, à un Dominicain, le Père Piprot d’Alleaume pour les sauver de la déportation.

 

                        LES JEUNES JUIVES A LA SAINTE BAUME … PHOTOS EXTRAITES DU LIVRE « ET LES ENFANTS FURENT SAUVES »                               JEUNE JUIVE A LA SAINTE BAUME … PHOTO EXTRAITE DU LIVRE "ET LES ENFANTS FURENT SAUVES"

                                                                     

Le Père Piprot d’Alleaume office à la Sainte Baume, près de Toulon et cet endroit, un des hauts lieux du christianisme, est très fréquenté. Selon la légende Marie Madeleine, y aurait vécu durant trente ans et il y a de nombreuses processions tout le long de l’année où viennent parfois des allemands.

 

                     LA SAINTE BAUME (PHOTO DIDIER NEBOT)

                                                    LA SAINTE BAUME (PHOTO DIDIER NEBOT)

Le Père Piprot d’Alleaume a une idée de génie. Pour ne pas éveiller les soupçons Il se rend à Vichy pour voir le Maréchal Pétain. Laval est présent lors de cette entrevue.

PHOTO ERIKA : envoyée après la libération à tante Suzy

 

 

Le Père expose son projet : créer une école hôtelière en vue de former les adolescentes à l’hôtellerie.

Le Maréchal approuve vigoureusement cette initiative et lui promet même des fonds.

"Il va de soi, mon Père, que vous ne prendrez pas de juives." dit Laval

"Oh non, bien sûr que non. "

 

 

Fort de cet appui et avec une petite équipe il protège ces jeunes filles, à l’abri des regards indiscrets… Il tient ainsi plus d’une année…

Malheureusement Au début du mois d’août 1944, le Père Piprot d’Alleaume est convoqué à la Kommandantur de Marseille. Il a été dénoncé.

 

                                           Père Piprot         Le Père Piprot D’Alleaume

               Mère Xavier et Renée Folco à la Sainte Baume, été 1943Mère Xavier et Renée Falco

 

"Nous savons tout, vous hébergez des juives !" lui dit-on à la Kommandantur

Le Père se défend tant bien que mal. Il retourne à l’hôtellerie s’attendant au pire et tout le monde prie avec ferveur. Effectivement, une descente en force de la gestapo est prévue pour le 21 août.

Mais le 15 août 1944, les alliés débarquent en Provence et le 21 août au matin, les abords de l’hôtellerie sont remplis de soldats alliés qui se sont déployés dans la nuit. Les jeunes juives sont sauvées par les tabors marocains, troupes militaires arabes.

Dans ce sanctuaire dédié à Marie Madeleine, ce fut un véritable miracle !

"Dans la nuit le Tabor (troupes militaires coloniales) avait reçu des GMC et des jeeps avec pour mission de rejoindre Cadolive en passant par le massif de Sainte Baume et Auriole. Le colonel de Colbert me confie 4 jeeps pour ouvrir la route du Tabor car il peut y avoir encore des allemands dans cette région. Aucun ennui sur toute la route. En arrivant devant le Monastère de la Sainte Baume, nous voyons les portes s’ouvrir et jaillir une ribambelle de jeunes filles hurlant leur joie d’être libérées. Elles montent sur les genoux des goumiers (unités « d’auxiliaires indigènes ») qui n’en demandaient pas tant et nous demandent de faire une petite promenade. Après quelques tours sur la grande place, le Tabor arrivant, il a fallu nous séparer de toutes ces petites juives que les Bons Pères avaient cachées aux allemands."

Témoignage de De Kérautem- Archives province dominicaine de Toulouse

 

A l’insu de Pétain

Les jeunes juives cachées au cœur du régime de Vichy, sous le nez du Maréchal Pétain

Après la signature de l’armistice du 22 juin les nouvelles autorités de la France décident de s’installer à Vichy.

PAVILLON SEVIGNE

 

Pétain réquisitionne le Pavillon Sévigné, le plus grand palace de Vichy. Il laisse aux propriétaires, la famille François-Risler, trois pièces en rez-de-chaussée. Dirigeants des éclaireurs de France, Pierre François-Risler et son épouse obtiennent l’autorisation des autorités d’y installer les bureaux de leur mouvement dans les combles du Pavillon Sévigné.

 

 

 

André Dennery, associé de l’une des plus grandes maisons de banque de la place de Paris, faisant partie de l’une des plus vieilles familles juives françaises, originaire d’Alsace lorraine, dont les ancêtres se sont illustrés sur les champs de bataille obtient l’autorisation (vu les états de service de sa famille) de se rendre à Vichy pour y vivre avec son épouse et ses trois filles.

 

Arc de triomphe : Le Général de division Rottembourg, baron de l’Empire, parent des Denery

 

 

Le Général de division Rottembourg, baron de l’Empire, parent des Denery, a son nom inscrit sur l’Arc de Triomphe de l’Etoile.

 

 

 

 

André Denney arrive en septembre 1940 à Vichy, le nouveau centre économique de la France, et il y transfère ses activités, sous le camouflage protecteur et amical d’un autre cabinet financier, "aryen" celui-là et replié également à Vichy.

Les trois filles d’André Dennery, ayant fait partie des éclaireurs de France à Paris, s’inscrivent tout naturellement aux éclaireurs de France à Vichy. Elles font ainsi la connaissance des François-Risler et des Duphil, dirigeants du mouvement.

                              ECLAIREURS DE France A VICHY 1943

 

Annette Dennery et ses sœurs se retrouvent en classe avec les fils et filles de ministres..., d’espions..., de collabos.

Mais tout se dégrade et arrive le second Statut des Juifs, de juin 1941, encore plus restrictif que celui d’octobre 1940.

Les éclaireurs de France ont compris la gravité de la situation, beaucoup de leurs cadres sont passé à la résistance, mais la direction continue à travailler au sein du Pavillon Sévigné en donnant le change au maréchal tout en ayant une action de résistance passive.

Les rafles, les violences, les délations font réfléchir André Dennery. Il n’est plus en sécurité à Vichy. Il faut partir. Ainsi en 1943, sous une fausse identité, il s’installe en moyenne montagne, dans un petit village de la région, le Mayet de Montagne, accessible par un petit train régional.

André retire ses trois filles de l’école. C’est la panique, il y a pas mal de juifs à Vichy qui s’étaient imaginés, au départ, comme André, que leur statut de juifs français les mettait à l’abri de tout. Bien sûr ils déchantent et l’espoir laisse la place à l’angoisse.

Mais où se cacher ? A qui faire confiance ? André est un Lorrain, un homme discret, parlant peu et ne demandant rien à personne. Il ne connait pas particulièrement les François, ni les Duphil, sinon que ses filles les voient régulièrement du fait de leur appartenance aux éclaireurs de France, en particulier Madame François, la Cheftaine en chef.

Alors c’est elle qui prend l’initiative et qui trouve la solution. Puisque les autorités de Vichy les ont en « sympathie » et qu’elles ne se méfient absolument pas des éclaireurs de France, pourquoi ne pas profiter de cette aubaine pour recueillir les petites. Ainsi, avec une audace inouïe, après une concertation avec les Duphil et les Basdevant qui habitent tout près de chez elle, elle propose d’héberger les filles Dennery.

Ainsi durant une année trois petites juives vont vivre, à l’insu de Pétain, sous son nez et parmi son entourage.

Pierre François - Source photo EDF - Crédit photo DR

 

 

L’appartement des François situé au rez-de-chaussée du pavillon Sévigné comporte trois pièces.

Lise a le statut de "gouvernante" et dort avec les enfants Risler, dans une chambre, les François dans une autre et les parents Risler dans la troisième.

Ils se réunissent dans la cuisine qui sert de pièce commune. L’appartement fait partie du Pavillon, pour y avoir accès, il faut passer par l’entrée principale, contrôlée par la milice.

 

 

 

Pierre François

Lise, en tant que gouvernante, donne parfaitement le change, elle se promene régulièrement avec les enfants. Le maréchal la voit pratiquement tous les jours, lui demandant : « Les enfants vont bien ? », il ne se doute de rien. Elle arrive à garder son self contrôle et montre une certaine indifférence lorsqu’elle croise les hommes de Pétain, qu’ils soient simples fonctionnaires, gendarmes ou membres du gouvernement. Quel courage, quel sang-froid pour cette jeune fille qui avait subi les affres de la rafle de Clermont Ferrand, qui avait vu plusieurs de ses camarades être pris par la gestapo, quel courage de passer tous les jours devant les alliés des nazis. Le Pavillon est toujours animé, le régime de Vichy y organise de nombreuses réceptions auxquels les François et Lise n’assistent, bien entendu, jamais.

René Duphil

Annette la plus jeune des trois sœurs, un peu plus insouciante, habite chez les Duphil, à deux pas de là, elle vient presque tous les jours au Pavillon Sévigné, par la grande porte, voir sa sœur et elle joue souvent avec les enfants Risler. Les gardes la connaissent et la laissent passer sans lui demander quoique ce soit, elle fait en quelque sorte partie du paysage. Elle rencontre à plusieurs reprises le maréchal sans lui adresser la parole, sans en être non plus effarouchée.

En juin 1944 les François et les Risler décident de partir pour l’été dans leur propriété de Saint Etienne de Vicq, située à 30 kilomètres de Vichy avec Lise et Annette qui les rejoignent.

La maison est grande et elle peut accueillir beaucoup de monde : Les François avec 5 enfants, les Risler avec 2 enfants, des cousins, des amis dont le dessinateur des éclaireurs qui cherche à échapper au STO, un jeune juif qui est caché dans une ferme voisine et qui vient le dimanche faire des versions latines, Lise et Annette…

Bien entendu il faut être le plus discret possible, avec des identités différentes selon les circonstances pour éviter les questions indiscrètes des voisins. Par bonheur durant cet été survient la libération, les Dennery sont sauvés, ils ont échappé aux griffes des nazis. Ils retournent à Vichy, où Annette voit, avec effarement, la mère d’une de ses camarades de classe la tête tondue. Elle réalise alors qu’elle l’a échappée belle, sa survie ainsi que celle de ses parents et de ses sœurs a tenu du miracle.

En 2008 Annette Jacob Dennery accepta de témoigner, dans le livre "Et les enfants furent sauvés" de Didier Nebot et de raconter son extraordinaire histoire.

Reparler de cette aventure lui donna à nouveau l’envie de se manifester auprès de Yad Vachem par une lettre et un dossier qu’elle adressa à Monsieur Lucien Lazare à Jérusalem :

"Monsieur,

Je suis l’ "ex" petite fille juive cachée en 1943-44 à Vichy chez les responsables des Eclaireurs de France dont parle Monsieur Nebot dans son livre Et les enfants furent sauvés 

Comme je l’avais écrit en 1994 dans une brochure rédigée à la mémoire de Monsieur René Duphil, ma famille et moi-même devons "la vie" aux familles François-Risler, Basdevant et Duphil.

Dès que l’on a parlé de la "médaille des justes", j’avais proposé aux Duphil de faire les démarches à leur intention. Ma sœur ainée, malade, n’avait pu s’en charger pour les François.

Par "discrétion", comme le prouve la lettre de Madame Duphil (remise à Monsieur Nebot), ils avaient refusé.

Le temps passant, les générations se succédant… la mienne étant en voie de disparition…

Les descendants François-Risler et Duphil seraient très heureux de voir leurs parents… ou grands-parents honorés , car ils en sont très fiers et très émus.

Pourrais-je vous demander de prendre en considération ma démarche de médaille des justes au profit, à titre posthume, de :

Monsieur Pierre François et sa femme Elisabeth François née Risler

Monsieur René Duphil et sa femme Henriette Duphil née Laulhe … "

 

Les Francois et les Duphil ont été reconnus comme Juste parmi les nations le 31 mai 2011 à titre posthume.

Pour en savoir plus

Lire le magnifique article rédigé par Didier Nebot, l'auteur du livre "Et les enfants furent sauvés", en cliquant " http://morial.fr/files/conference_etles_enfants.pdf "

http://www.templeinstitute.org

Cette journée du 28 Iyar du calendrier hébraïque célèbre la réunification de la ville de Jérusalem après la conquête de Jérusalem-Est par Tsahal au cours de la guerre des Six jours en 1967.

Lorsque Tsahal conquiert Jérusalem-Est à l'issue des combats de la guerre de 1967 (le 28 Iyar 5727), Israël déclare officiellement « Jérusalem réunifiée et capitale éternelle et indivisible du peuple juif ».

 

  Ecrit et publié le jeudi 7 mai 2015 par Colette Weinstein

L’Institut Universitaire Elie Wiesel présente un cycle d’études qui a pour objectif de découvrir un aspect souvent méconnu de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, qui, pendant longtemps, n’a pas retenu l’attention des historiens.

Ce cycle est composé de 3 séances  : 12-26 mai / 2 juin  2015 de 17h à 18h30

 

Enfin nous connaissons le nom du premier soldat Français Juif mort pour la France en service commandé !

Publié le dimanche 26 avril 2015 - Écrit par Gérard Silvain et mis en forme par  Morial

La guerre de 1914-1918 a véritablement commencé pour la France, quand à l'aube du 4 août 1914 , la marine allemande a bombardé les ports de Philippeville et Bône , en Algérie. 

Dés lors, il apparaît que les premières victimes de l'armée française sont tombées à ce moment là,  et parmi elles, deux soldats juifs du corps des zouaves Mimoun Bénichou et Yahia Benhamou.

Etrange histoire que l'on retrouve dans les archives, mais que la plupart des historiens de la Première Guerre mondiale passent sous silence.

Gérard Silvain, auteur de nombreux livres sur les mondes juifs sépharades et ashkénazes, a mené l’enquête et donne à l’association Morial, la primeur de ses découvertes. 

 

Guy Lévy, Vice-président de Morial

www.morial.fr

 

QUI S’EN SOUVIENT ?

Etonnant silence que celui qui règne sur les premières canonnades de la guerre de 14-18. Moins de vingt-quatre heures après avoir déclaré la guerre à la France, l’Allemagne bombarde Bône et Philippeville en Algérie tuant et blessant les premiers soldats français .

http://www.seybouse.info/seybouse/infos_diverses/mise_a_jour/maj124.html

Que  s’est-il passé  réellement ?
4 août 1914 : L’ALLEMAGNE BOMBARDE L’ALGERIE FRANCAISE

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4 août, à 3h40, sa marine bombarde deux de nos départements français d’Algérie. Les premiers coups de canon de la première guerre mondiale viennent d’être tirés. Sous un titre en gros caractères, l’Echo d’Alger, dans sa deuxième édition, annonce à ses lecteurs une nouvelle stupéfiante : "Bône et Philippeville ont été bombardés ce matin".

                        

Suivent quelques lignes laconiques d’un communiqué du général gouverneur d’Alger Charles Lutaud qui précise qu’un raid de la marine allemande a été effectué par les croiseurs Breslau et Goeben et qui profite de l’occasion pour appeler à la mobilisation générale des Français d’Algérie.

Mais d’où viennent ces navires et comment sont-ils arrivés à mener cette attaque surprise?

 Ce n’est certainement pas la presse française qui donnera la réponse puisqu’un black-out complet semble s’être abattu sur l’information.

Le Breslau, croiseur allemand qui a bombardé Bône

Durant le conflit qui avait opposé la Grèce à la Turquie en 1912, le grand quartier général allemand, pour faire respecter les intérêts de l’empire dans la région, avait envoyé les croiseurs Breslau et Goeben en Méditerranée et il en avait confié le commandement au Vice-amiral Wilhelm Anton Souchon, descendant d’une famille de Huguenots émigrée en Prusse après la révocation de l’Edit de Nantes.

Les deux navires, arrivés de Kiel le 15 novembre 1912, vont mouiller dans le port italien de Messine jusqu’au 3 août 1914.

Messine, le 3 août 1914 à 1 h du matin, le Breslau et le Goeben quittent précipitamment leur port d’attache pour une destination inconnue, à la demande pressante des autorités italiennessoucieuses de faire respecter leur neutralité.

Le Goeben, croiseur allemand qui a bombardé Philippeville

Dans la matinée, le commandant de l’artillerie du front de mer d’Alger est prévenu de la présence des deux croiseurs allemands dans les parages. Il donne l’alerte à ses batteries côtières. A 18h, au moment où il double la Sardaigne par le sud, le Vice-amiral Souchon apprend la nouvelle de la déclaration de guerre par la télégraphie sans fil du Goeben.

Il signe alors les instructions suivantes qu’il transmet aux capitaines des deux navires «… Point 3 : Inquiéter l’ennemi, l’attaquer selon les possibilités sur les côtes d’Algérie […] pour l’empêcher de transporter ses troupes en France sans prendre de grosses mesures de précaution. Point 4 - Exécution : Demain au jour (4h30) le Goeben se trouvera devant Philippeville, le Breslau devant Bône. Ils reconnaitront d’abord, sous pavillon russe, ce qui se trouve dans chacun de ces ports. Ils essaieront ensuite, après avoir hissé les couleurs allemandes, de détruire au canon […] les transports de troupes et les installations pouvant servir à ces transports. Economiser les munitions, ne pas s'engager contre les ouvrages à terre… ».  

Aussitôt la nuit venue, il prescrit au Breslau de se diriger vers Bône de façon à y être rendu au petit jour pendant que lui-même se présenterait devant Philippeville. C’est alors, peu avant minuit, qu’une dépêche, signée de  Berlinlui parvient l'enjoignant de virer de bord : "ALLIANCE CONCLUE AVEC LA TURQUIE.STOP.GAGNEZ CONSTANTINOPLE.STOP"

Devant cet ordre impératif on peut penser que Souchon va obéir sur le champ. Il n’en est rien. Sans hésiter, il poursuit son plan initial "pour que le premier coup de canon soit tiré en mer par les Allemands et montrer au monde comment un de leur vaisseaux, seul en Méditerranée, et entouré de flottes ennemies, allait bombarder le territoire de l’adversaire au premier matin de la guerre". Ces propos, que rapporte son panégyriste, justifient le coup de poker que tente alors ce marin au tempérament de corsaire et qui va réussir au delà de ses espérances.

Bône. Le 4 août 1914 2 h. La nouvelle de l’entrée en guerre de la France se répand dans la ville.

A 3h, le guetteur du sémaphore du cap de Garde prévient la capitainerie qu’un navire de guerre s‘approche lentement tous feux éteints. Une embarcation de pilotage, croyant avoir affaire à un bâtiment français, se porte à sa rencontre.

C’est alors qu’à 3h40 le croiseur léger Breslau, qui naviguait indument sous pavillon russe, hisse les couleurs allemandes et ouvre le feu sur le port et ses abords. Le tir cesse à 4h30. Ses canons de 105 ont tiré cent quarante obus qui ont principalement touché le sémaphore, le parc à fourrage, l’usine à gaz et les vieux bâtiments de l’archaïque Manutention militaire. Une barque de pêche a été envoyée par le fond tandis qu’un vapeur, le Saint-Thomas a simplement subi quelques dommages. On déplore deux morts et six blessés. L’agresseur prend rapidement le large sans avoir rencontré de résistance.

Il faut attendre le 31 décembre 1914 pour que l’Echo d’Alger informe enfin ses lecteurs des événements de Bône et Philippeville.

page 2 du journal l'Echo d'Alger du 31/12/2014

Sous le titre "La 1ère victime des boches en Algérie. Ce que fut le bombardement de Bône et Philippeville"le quotidien justifie, tout d’abord, le long silence de la presse par les rigueurs de la censure.

Puis le commandant du Saint-Thomas, au cours de l’interview qu’il accorde au journal, après avoir détaillé les circonstances de l’attaque, donne son avis sur les raisons pour lesquelles le vice-amiral Souchon avait choisi Bône et Philippeville comme objectifs plutôt que n’importe quelle autre cible.

A la question du journaliste, "Comment se fait-il que nul n’ait pu répondre à cette attaque audacieuse ?", le capitaine Lemaitre répond : "Attaque, oui, audacieuse, non, car l’occupation des forts de la côte n’était prévue au mieux que le troisième jour de la mobilisation et cela, les Allemands, maitres en l’art de se renseigner, le savaient… "

En effet les Allemands savaient. Les services de renseignement de la marine ne pouvaient ignorer qu’en exécution des lois et des décrets des 18 mars 1913 et 4 février 1914, les batteries de Philippeville et de Bône, à partir du printemps 1914, seraient uniquement gardées par un gardien de batterie et un piquet d’artilleurs chargés de surveiller les installations et que ces batteries ne seraient armées qu’à partir du troisième ou du quatrième jour suivant la déclaration de guerre. Nul besoin d’espionnage en la circonstance puisque les moindres détails de cette "réorganisation de l’artillerie" avaient paru au Journal Officiel et dans la presse spécialisée !

En revanche, les services allemands de renseignement ne savaient pas que le 31 mars1914, le commandement du XIXème corps d’armée avait donné l’autorisation de conserver à Bône, Philippeville et Bougie des petits détachements d’active, capables de servir à toute heure. Sans cette disposition, aucune riposte n’aurait pu être faite au Goeben.

Philippeville. Le 4 août 1914 - Vers 4h30, (certains historiens placent l’événement une heure plus tard). Le lieutenant de réserve Cardot, avocat au barreau de Sétif, qui avait occupé la batterie du fort d’El Kantara la veille à 23 h, aperçoit, émergeant de la brume, un navire arrivant à grande vitesse en vue de la ville.                                                                                                                                        Photo inédite : bombardement de Philippeville le 4/08/1914

A cet instant, l’officier, qui ignore la déclaration de guerre et ne sait pas encore que Bône a été attaqué, prend l’initiative de réveiller ses hommes et faire charger ses pièces d’artillerie. Il n’a malheureusement pas eu le temps d’étalonner le télémètre à dépression qui lui aurait permis de régler son tir.

A 5 heures, le croiseur de bataille Goeben, qui navigue sans aucun pavillon de nationalité, hisse à son tour le pavillon impérial et ouvre le feu. Le bâtiment, l’un des plus modernes de la marine allemande, tire cinquante obus sur les installations portuaires. Le tir cesse à 5h18 après que le lieutenant Cardot a immédiatement répliqué avec ses deux canons en état de marche, les deux autres étant inutilisables, manœuvres trop dures et guidon manquant.

Quatre coups… trop courts, le dernier projectile ayant quand- même rasé la poupe du navire ennemi. Surpris par cette riposte inattendue, le Goeben, pour échapper au désastre, se met immédiatement hors d’atteinte et s’enfuit rapidement vers la haute mer.

…ET CAUSE LA MORT DU PREMIER SOLDAT JUIF DE LA GRANDE GUERRE

La stèle du Monument commémorant le bombardement de PHILIPPEVILLE - Photo Didier Nebot

Les dégâts matériels sont inexistants mais un drame s’est joué. Le hangar de la Compagnie des transports Maritimes situé sur le port est touché de plein fouet par le tir du croiseur allemand. A l’intérieur un détachement de la 4ème compagnie du 3ème Zouave attend d’être embarqué pour combattre en métropole.

Bilan, onze morts et vingt et un blessés. Ce sont les premières victimes de la Grande Guerre. Parmi celles-ci, il y avaient deux soldats Juifs :

  • - Le 2ème Classe Mimoun Benichou, né à Tlemcen le 22 juin 1892, engagé volontaire au 3ème régiment de marche de Zouaves et
  • - Le 2ème Classe Yahia Benhamou, également né à Tlemcen, mobilisé comme réserviste dans le même régiment.

Bien que nous connaissions depuis cent ans les identités de ces deux militaires français, aucun historien n’avait relevé, jusqu’à ce jour, qu’il s'agissait en l’occurrence du premier mort et du premier grand blessé juifs de la guerre de 1914-1918, et qu’ils étaient Français d’Algérie.

Mimoun Benichou, meurt dans la journée des suites de ses blessures et sera enterré le 5 au matin et Yahia Benhamou, opéré d’urgence, va subir l’amputation du pied gauche et sera décoré de la Médaille militaire le 30 juin 1915.

                              Monument des rapatriés érigé au cimetière des Gonards à Versailles.- Photo Didier Nebot

5 août 1914. Si la presse française ne relate aucunement l’évènement, c’est parce que la censure ne l’a pas permis. En effet, dans son édition matinale du lendemain, l’Echo d’Alger apprend à ses lecteurs que "Monsieur Messimy, ministre de la Guerre [a envoyé] une note aux journaux leur interdisant aucune nouvelle sur les événements de la guerre, de la mobilisation, des mouvements d’embarquement ou de transports de troupes, de la composition de l’armée et de leurs effectifs …etc. Les éditions spéciales sont interdites […] Tous les contrevenants à ces dispositions seront saisis"

                     Bureau de la censure

Ajoutons que cette prescription arrange le gouvernement qui évite, en la circonstance, que soient mises en lumière l’impréparation de nos défenses côtières d’Algérie et l’absence totale de concertation entre la marine, l’armée et les autorités civiles. En revanche, la presse allemande, elle, se déchaine.

Le quotidien berlinois Der Tag informe ses lecteurs en accumulant les contre-vérités : "Le bombardement des deux ports commença en même temps. Philippeville fut entièrement détruit après une heure de bombardement. On ne répondit pas à notre feu […]. Le croiseur Breslau bombardait à la même heure quelques navires qui se trouvaient dans le port de Bône. Il s’éloigna après avoir détruit le port… ".

Le journal de Messine La Tribuna, après avoir interviewé un officier du Goeben, écrit : "Les navires de leur marine avaient détruit entièrement Philippeville et coulé les navires qui se trouvaient dans le port de Bône ou ils avaient également fait de nombreux dégâts. Personne n’avait riposté à leurs attaques...".

Médaille allemande en argent distribuée aux marins du "Breslau" pour commémorer "Le glorieux fait d'armes" du 4 août 1914Les Allemands font graver des médailles en argent reprenant sur une face la colonne de la victoire érigée à Berlin après la guerre de 1870 et sur l’autre face l’inscription : "Bombardement de Philippeville et Bône par les croiseurs Goeben et Breslau. 4 août 1914".

Ces médailles commémoratives, introduites en Algérie par des contrebandiers espagnols en vue d’être distribuées aux musulmans, seront saisies par les autorités avant qu’elles aient pu être diffusées. Cette opération des services secrets avait pour but de monter la population indigène contre la France en mettant l’accent sur la puissance militaire de l’Allemagne et la faiblesse des défenses françaises.

Le 5 août à 4h, après avoir joué à cache-cache avec les flottes françaises et britanniques, encadrés par des torpilleurs italiens, les deux croiseurs allemands font escale à Messine qu’ils quittent à 17h après avoir reçu un message de félicitations du Kaiser.

- Le 6 août, à 23h45, le croiseur anglais Gloucester, qui les suit à la trace, envoie sur le Goeben une torpille… qui passe au large mais réussit, un peu plus tard, à loger un projectile dans la partie arrière du Breslau sans causer, pour autant, des dégâts significatifs.

- Le 9 août, l’Echo d’Alger retrace pour ses lecteurs l’arrivée à Messine des deux croiseurs de la marine impériale…sans évoquer d’aucune manière les événements de Bône et de Philippeville... Censure oblige !

Finalement, le 10 août, à 17h17, après une longue chasse, les bâtiments allemands s’engouffrent dans le détroit des Dardanelles. Le Goeben et le Breslau étaient sauvés.

- Le 16, les deux navires, par un tour de passe-passe, sont transférés à la Turquie, alors neutre, pour éviter d’être internés, comme l’exigent les traités internationaux. L’équipage allemand, officiers et marins, se coiffe alors d’un Fez. En novembre, le Goeben et le Breslau sont officiellement cédés à la marine ottomane, et deviennent respectivement le Yavuz Sultan Selim et le Midill.

Amiral Souchon

 

La farce était jouée ! Le 27 septembre, le vice-amiral Souchon, qui s’est livré à Constantinople à un certain nombre de manipulations politiques et diplomatiques, est nommé commandant en chef de la marine de l’empire ottoman.

L’Ambassadeur des Etats-Unis à Constantinople, Henry Morgenthau, a si bien compris l’importance de l’odyssée du Goeben et du Breslau qu’il a déclaré : "Je doute que deux vaisseaux aient joué un rôle semblable dans l’histoire".

Gérard Silvain

Pour l’association Morial "Mémoire et traditions des Juifs d’Algérie" 

www.morial.fr

 

 
 
 
 

14 mai 1948 (5 Iyar 5708), David Ben Gourion proclame l’indépendance de l'Etat d'Israël.

Yom Haatsmaout, jour anniversaire de la déclaration d'indépendance d'Israël : jeudi 9 mai 2019.

Yom Haatzmaout est fêté chaque année le 5e jour du mois d’Iyar selon le calendrier hébraïque. Une cérémonie nationale a lieu au cimetière militaire israélien du Mont Herzl, près de a tombe de Théodor Herzl.

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